Légende. Légende des fées du Fond de la Combe, à Sixt

Il était une fois de pauvres fées, qui vivaient dans une des grottes du Fond de la Combe. Ces pauvres fées, toutes seules dans ce coin perdu, n’avaient pas grand’chose à manger, et bien souvent elles souffraient de la faim. Un jour, une brave femme qui demeurait au Pelly avec ses vaches à l’époque où on séjourne au fori en allant mener ses bêtes aux. pâturages du Fond de la Combe, est arrivée aux Tehottes avec son troupeau. Elle s’y est arrêtée un bon moment, pendant que ses vaches se repaissaient dans ce bon coin. Et voilà qu’une de ces bonnes fées est venue la trouver. Tout en parlant, la fée s’est plainte de la misère qu’elle endurait, ainsi que les autres fées. De retour chez elle, cette brave femme charitable a eu pitié de ces pauvres fées qui avaient faim, et le lendemain, en fabriquant son fromage, elle a mis de côté une pleine  tenalle de lait et de sérac ; et quand elle a eu fini son ouvrage à l’écurie elle a pris son tortillon et placé sa tenalle sur sa tête, puis elle a repris le chemin du Fond de la Combe pour essayer d’apaiser la faim de ces pauvres fées. Arrivée à la grotte, les fées lui ont fait fête, et ont littéralement dévoré ce bon « lait et sérac », qu’il y avait dans la tenalle. Elles étaient si contentes, ces bonnes fées, qu’elles ont dit à la femme : « Fais voir ta tenalle, on va y mettre quelque chose pour te remercier de ta bonté ». Une des fées a pris la tenalle et est sortie de la grotte avec. Un moment après, elle est revenue et l’a donnée à la femme; et toutes les fées l’ont remerciée, et en lui disant au revoir, lui  ont bien recommandé de ne pas ouvrir la tenalle avant d’être arrivée chez elle. Voilà qu’elle a pris le chemin du retour. Elle marchait d’un bon pas : elle avait hâte d’arriver chez elfe pour voir ce qu’il pouvait bien y avoir dans cette tenalle. Cette pensée lui occupait tellement l’esprit, qu’à tout instant elle manquait de trébucher sur les pierres du chemin. Après avoir marché un bon moment, étant arrivé aux Places à l’Emboyré , elle s’est sentie fatiguée et s’est assise sur une grosse pierre plate au bord du torrent de la Méridienne, pour souffler un peu. Mais sa curiosité n’avait fait qu’augmenter, et elle s’est dit : « Si j’ouvrais la tenalle? Qu’est-ce que ça pourrait  bien faire? » Et elle a ouvert la tenalle qui était pleine de feuilles mortes… « Ah ben ! » a-t-elle dit, tout en colère, et en jetant les feuilles mortes au vent, « ces braves fées se sont moquées de moi ! » et en remettant le couvercle, elle a bien vu que deux feuilles étaient restées attachées au fond de la tenalle, mais elle ne s’est pas donné la peine de les décoller. Elle s’est remise en route. Arrivée chez elle, au Pelly, elle a voulu nettoyer sa tenalle ; et en ôtant le couvercle, elle n’a pas trouvé les deux feuilles qu’elle avait laissées, mais celles-ci avaient été changées en deux louis d’or ! Quelle surprise ! Mais aussi quel malheur d’avoir jeté  les feuilles mortes ! C’aurait été un vrai trésor ! Elle est bien retournée à l’endroit où elle les avait jetées, mais il n’y avait plus rien : tout s’était volatilisé … Elle est revenue chez elle, toute triste, les larmes aux yeux, en se disant bien qu’une autre fois elle serait moins curieuse.

Il existe plusieurs façon de s’intéresser à une légendes, la plus appréciée, par le tout public, est celle qui consiste à écouter le récit, ou le lire. Mais la légende est un « ethnotexte » qui dit beaucoup plus que ce que l’on entend dans une première écoute et certain, comme ici Christian Abry, y consacrent une recherche qui ouvre de nombreuses voies de connaissances qui enrichissent le récits, le rendent plus épais et permettent de ne pas se limiter à l’anecdote.

Je vous propose donc de lire ce récit dans sa traduction française, mais aussi de lire l’article dont il est issu et d’expérimenter ce que la recherche amène à notre appropriation et surtout en quoi elle permettra de transmettre cette légendes dans son sens premier :

Source :

Abry Christian, 1974, " La légende des feuilles changées en or à Sixt (Haute-Savoie) : son écriture par un autochtone ", Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, 1974, vol. 2, no 2, p. 73‑85.
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