La notion de « ancrage culturel » permet d’éclairer le caractère à la fois universel et identitaire des récits de littérature orale. Une histoire portant une base universelle mais s’ancrant dans une réalité territoriale ou psychique propre à une culture spécifique.

Parmi ses champs d’investigation, le CMLO étudie la façon dont la littérature orale s’ancre dans la culture d’un peuple tout en conservant des points universels.

Tenter de cerner la notion de culture et aborder les espaces spécifiques que la littérature orale traite constitue une première étape essentielle avant d’envisager plus en profondeur les différentes aires culturelles.

Au-delà de sa dimension universelle, la littérature orale nous échappe pour une large part si la référence à un code implicite nous manque. Lorsqu’il s’agit de contes qui relèvent de la tradition orale, rendre ce code explicite nécessite obligatoirement le détour par le contexte ethnographique auquel ils appartiennent et l’étude de la culture dans laquelle ce récit s’insère.

La littérature orale relève à la fois de l’universalisme de certains récits (et certaines fonctions sociales) et du particularisme lié à une identité sociale d’un groupe donné (et son histoire, sa culture, sa géographie…).

Pour comprendre cette duplicité, il faut revenir sur le concept anthropologique de culture. Notion multiforme, aux facettes disparates selon le paradigme scientifique traversé par la discipline, il est peu aisé tenter de fixer ce terme polysémique aux 200 définitions…

Ce qu’il faut retenir, c’est surtout le fait qu’il n’y a jamais eu de culture étanche. Chaque culture change et en rencontrant d’autres culture créé des syncrétismes.

La structure de certains récits merveilleux est partagée par la plupart des peuples du monde, avec des déclinaisons propres au contexte culturel spécifique.

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Bonne découverte des diversités culturelles !

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Les récits de la littérature orale ne sont pas de simples textes dans un livre. Ils sont nés, ont vécu et parfois vivent encore au sein d’une culture spécifique qui leur a transmis (dans de multiples variantes) ses codes, ses caractéristiques, son regard sur le monde, ses modes de classification, ses valeurs…

Cette particularité rend difficile, mais passionnante, l’appropriation de ces récits par une personne qui ne connaît pas les éléments fondateurs qui donnent, à ces récits, tout leur sens.

Le positionnement du conteur contemporain est alors possible de deux façons :

  •  Le conteur s’approprie le récit proposé comme simple source d’inspiration. Il se sait parfaitement ignorant de la culture d’origine d’où est issu le récit et il prête à ce récit son propre système de représentation.
  •  Le conteur souhaite transmettre, au minimum, une part des intentions premières du récit et il se plonge dans l’étude de la culture qui l’a créé et qui l’a transmis.

C’est en grande partie sur ce positionnement de recréateur ou de transmetteur que le CMLO base ses formations pour les conteurs.

En abordant les règles de déontologie et les techniques anthropologiques qui permettent de découvrir les tenants et les aboutissants des récits d’autres cultures, en rencontrant des conteurs ancrés dans des cultures différentes mais devant raconter dans une culture qui n’est pas celle de l’origine des récits, nous tenterons d’éclaircir la position ambiguë du conteur et de l’interculturalité.

Pour aller plus loin

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