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	<title>Archives des Épopée - Euroconte</title>
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	<title>Archives des Épopée - Euroconte</title>
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		<title>Silamaka, une épopée peule</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christine Donnard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Nov 2022 16:56:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Epopée . Silamaka, une épopée peule  Cet extrait de l'épopée orale des Peuls du Macina (Mali), chantée par le griot Maabal Samburu, retrace des épisodes des conflits entre les chefferies des Peuls et le royaume bambara de Ségou qui, par des guerres de conquêtes, au début du XIXè siècle, avait reculé les limites  [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 fusion-flex-container nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling" style="--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-margin-top:0px;--awb-flex-wrap:wrap;" ><div class="fusion-builder-row fusion-row fusion-flex-align-items-flex-start fusion-flex-content-wrap" style="max-width:1456px;margin-left: calc(-4% / 2 );margin-right: calc(-4% / 2 );"><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-flex-column" style="--awb-padding-top:20px;--awb-padding-right:40px;--awb-padding-bottom:20px;--awb-padding-left:40px;--awb-overflow:hidden;--awb-bg-color:#d0cfbf;--awb-bg-color-hover:#d0cfbf;--awb-bg-size:cover;--awb-border-color:#7f8291;--awb-border-right:1px;--awb-border-bottom:1px;--awb-border-left:1px;--awb-border-style:solid;--awb-border-radius:0px 0px 10px 10px;--awb-width-large:100%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:1.92%;--awb-margin-bottom-large:0px;--awb-spacing-left-large:1.92%;--awb-width-medium:100%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:1.92%;--awb-spacing-left-medium:1.92%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div class="fusion-title title fusion-title-1 fusion-title-text fusion-title-size-three" style="--awb-margin-bottom:30px;--awb-sep-color:#dbdbdb;--awb-font-size:20px;"><div class="title-sep-container title-sep-container-left fusion-no-large-visibility fusion-no-medium-visibility fusion-no-small-visibility"><div class="title-sep sep-single sep-solid" style="border-color:#dbdbdb;"></div></div><span class="awb-title-spacer fusion-no-large-visibility fusion-no-medium-visibility fusion-no-small-visibility"></span><h3 class="fusion-title-heading title-heading-left" style="margin:0;font-size:1em;"><p>Epopée . <strong>Silamaka, une épopée peule<br />
</strong></p></h3><span class="awb-title-spacer"></span><div class="title-sep-container title-sep-container-right"><div class="title-sep sep-single sep-solid" style="border-color:#dbdbdb;"></div></div></div><div class="fusion-text fusion-text-1" style="--awb-font-size:18px;--awb-text-transform:none;"><p>Cet extrait de l&rsquo;épopée orale des Peuls du Macina (Mali), chantée par le griot Maabal Samburu, retrace des épisodes des conflits entre les chefferies des Peuls et le royaume bambara de Ségou qui, par des guerres de conquêtes, au début du XIXè siècle, avait reculé les limites du royaume jusqu&rsquo;à les faire coïncider à peu près avec celle de l&rsquo;ancien Mali. Ce royaume bambara avait soumis entre autres, les chefferies des Peuls, encore semi-nomades.</p>
<p>Silamaka, chef peul (Ardo) et héros de l&rsquo;épopée peule, se rebelle contre Ségou et son souverain, Da Monzon. Malgré l&rsquo;inégalité du combat, il le provoque et l&rsquo;engage avec un courage exemplaire, une bravoure surhumaine jusqu&rsquo;à perdre la guerre et la vie.  Les griots tant bambaras que peuls ont chanté le récit épique de Da Monzon, souverain de Ségou et de Silamaka, en rébellion contre Ségou, chacun dans leur langue, dans leur version du conflit, et l&rsquo;admiration de  leur héros.</p>
<h4>La naissance de Silamaka et  l&rsquo;histoire du taon. 1er épisode</h4>
<p style="text-align: left;">L&rsquo;Ardo Hammadi avait un captif de case, ce captif s&rsquo;appelait Baba.<br />
Un jour, à Kekei, après un bon déjeuner, l&rsquo;Ardo Hammadi s&rsquo;assit sur son estrade, Baba siégeait à ses côtés sur une natte&nbsp;; le chef lui dit&nbsp;: «&nbsp;Je voudrais une femme dans le Macina&nbsp;», il se mit donc à chercher une épouse et trouva une jeune fille nommée Aïssa dont la main lui fut bientôt accordée.</p>
<p style="text-align: left;">Alors Baba dit à Hammadi Ardo&nbsp;: «&nbsp;Puisque tu as trouvé une fille noble il me faut à mon tour chercher une captive.&nbsp;» Baba en découvrit une, mais si belle qu&rsquo;elle n&rsquo;était vraiment captive que de nom&nbsp;; elle s&rsquo;appelait Tala.</p>
<div class="page" title="Page 7">
<div class="layoutArea">
<div class="column">
<p style="text-align: left;">Hammadi et Baba se marièrent le même jour, les deux femmes conçurent en même temps et le même jour elles accouchèrent de deux garçons, le fils du noble fut nommé Silamaka,le fils du captif fut nommé Poulorou.</p>
<p style="text-align: left;">*</p>
</div>
</div>
</div>
<p>Da Monzon était suzerain de l&rsquo;Ardo Hammadi.</p>
<p>Il envoya un jour chercher le prix de l’hydromel, les percepteurs d&rsquo;impôt étaient trois jeunes Bambara&nbsp;; ils se rendirent auprès de Hammadi et lui dirent l&rsquo;objet de leur visite. L&rsquo;Ardo entra dans la case où il gardait ses cauris&nbsp;; il vit la mère de son fils qui le faisait téter&nbsp;; il appela Aïssa, elle déposa l&rsquo;enfant sur une natte auprès des trois envoyés qui attendaient debout.</p>
<p>Le bébé avait alors exactement quarante jours. Un taon soudain s&rsquo;appliqua sur son front et se mit à lui sucer le sang. Les trois messagers de Da Monzon regardaient ce bambin de quarante jours à peine qui ne daignait même pas lever les yeux.</p>
<p>Silamaka n&rsquo;a pas remué,<br />
il n&rsquo;a pas cillé de l&rsquo;œil,<br />
il n&rsquo;a pas pleuré<br />
jusqu&rsquo;à ce que le taon gavé de sang tomba,<br />
alors le sang coula sur le visage de Silamaka.<br />
Quand le père et la mère revinrent, ils remirent<br />
aux envoyés une mesure d&rsquo;or pour l&rsquo;hydromel. Hammadi dit à sa femme&nbsp;: «&nbsp;Vois ce méchant enfant, un taon lui boit tout son sang<br />
et il ne crie même pas pour nous avertir&nbsp;!&nbsp;»<br />
Et la mère de Silamaka écrasa l&rsquo;insecte.<br />
Les trois envoyés assistaient à cette scène.<br />
Les trois envoyés rentrèrent à Ségou,<br />
ils dirent à leur maître&nbsp;: «&nbsp;Nous avons peur,<br />
l&rsquo;enfant de Hammadi tel que nous l&rsquo;avons vu<br />
nous donnera sûrement du fil à retordre&nbsp;»,<br />
et ils racontèrent l&rsquo;histoire du taon.<br />
Da Monzon convoqua ses quarante marabouts,<br />
il leur ordonna de consulter les oracles&nbsp;:<br />
«&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;avenir réserve au trône de Ségou&nbsp;?&nbsp;»</p>
<p>Les voyants musulmans et animistes procédèrent à leurs pratiques magiques. Ils ne purent ni les uns ni les autres déterminer les mesures à prendre pour assurer à Da Monzon la possession perpétuelle du Macina. Après leur retraite ils dirent à Da Monzon&nbsp;:</p>
<p>«&nbsp;Un terrible enfant naîtra cette année, s&rsquo;il ne l&rsquo;est déjà. Il naîtra sous une étoile beaucoup plus forte que l&rsquo;étoile de la dynastie de Ségou.</p>
<p>Il est par rapport à vous ce que l&rsquo;air est à l&rsquo;eau,<br />
ce que le fer est à la pierre, ce que la mort est au souci. Pour venir à bout de cet enfant qui sera doublé<br />
d&rsquo;un serviteur aussi brave et invulnérable,<br />
Grand Monarque, il faut trouver un œuf pondu<br />
par un coq noir sans nulle plume blanche.<br />
Cet œuf sera couvé par un canard sauvage,<br />
il en sortira un lézard au lieu d&rsquo;un poussin.<br />
Dans l&rsquo;estomac du lézard il y aura trois cailloux rouges, ce sont ces trois cailloux qui tirés à bout portant<br />
sur la poitrine de l&rsquo;enfant le tueront tout net.<br />
Mais le tireur mourra en même temps que sa victime.&nbsp;»</p>
<p>Da Monzon s&rsquo;exclama&nbsp;: «&nbsp;Autant dire<br />
que le calamiteux vivra bel et bien&nbsp;!&nbsp;»<br />
Le grand griot de la Couronne avança&nbsp;:<br />
«&nbsp;Maître des Eaux, les thèmes géomantiques sont parfois bien nuageux</p>
<p>et les oreilles des voyants mal curées,<br />
peut-être qu&rsquo;un autre y verra plus clair.<br />
Tant que le vent souffle, la température est variable.&nbsp;»</p>
<p>«&nbsp;Merci grand griot, répondit Da Monzon,<br />
mais il importe de se tenir sur ses gardes<br />
car ce petit rouget qui résiste à la piqûre d&rsquo;un taon, alors que ce dernier fait ruer un taureau,</p>
<p>serait bien capable quand il aura grandi<br />
de réduire en miettes ma royale estrade&nbsp;!&nbsp;»<br />
Da Monzon donna beaucoup d&rsquo;or et de cauris<br />
aux envoûteurs noueurs de cordes enchantées.<br />
Mais aucun sortilège bambara ne vint à bout<br />
de Silamaka ni de son captif Poulorou.</p>
<p>Alors Da comprit qu&rsquo;à l&rsquo;horizon du Macina montait un noir nuage qui menaçait<br />
le trône du Maître des Eaux de Ségou.</p>
<p>A suivre les autres épisodes en consultant le texte dans la Revue L&rsquo;Homme, 1968</p>
</div></div></div><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-flex-column" style="--awb-padding-left:30px;--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:100%;--awb-margin-top-large:50px;--awb-spacing-right-large:1.92%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:1.92%;--awb-width-medium:100%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:1.92%;--awb-spacing-left-medium:1.92%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div class="fusion-text fusion-text-2" style="--awb-font-size:14px;--awb-text-transform:none;"><p><strong>Source&nbsp;:</strong></p>
<p>Une épopée peule&nbsp;: « Silamaka » (taduction), Amadou Hampaté Ba, Lilyan Kesteloot (traducteur), In: revue L&rsquo;Homme, 1968, tome 8 n°1. pp. 5-36 &#8211; Consultable sur le site Persée</p>
<p><strong>Notes&nbsp;:</strong></p>
<p>L »épopée peule de Silamaka a été recueillie par Amadou Hampaté Ba auprès du griot Maabal Samburu, traduite  à partir d&rsquo;une transcription peule pour en garder le rythme et les images, en essayant de faire passer en français le souffle épique qui anime la version peule de l&rsquo;épopée. L’épopée orale des peuls du Mali est transmise par les griots. Il est précisé dans l’introduction que le griot compose toujours sur un schème fixe et, selon son humeur et son public, développe tel ou tel épisode&nbsp;; si dans une même journée on fait répéter à un conteur la même histoire, on entendra chaque fois de nouvelles variantes. Le griot, en effet, répugne à conter cette histoire deux fois de suite dans des termes identiques.</p>
<p>Dans le récit présenté par Amadou Hampaté Ba, Maabal Samburu est passé très rapidement sur les origines, la naissance et l&rsquo;enfance de Silamaka. Il a développé quatre épisodes, de façon inégale d&rsquo;ailleurs. Les trois premiers (l&rsquo;histoire du taon, le courage de Silamaka adolescent, la lutte avec Hambodédio) ne servent qu&rsquo;à présenter le quatrième, le combat contre  le souverain Da Monzon.</p>
<p>Ce récit a été collecté auprès d&rsquo;autres griots&nbsp;:</p>
<p><span class="reference-text">Gilbert Vieillard, « Récits peuls du Macina et du Kounari », <i>Bulletin du Comité d&rsquo;études historiques et scientifiques de l&rsquo;Afrique Occidentale Française</i>, n°XIV, 1931, <abbr class="abbr" title="page(s)">p.</abbr> 146 et suivantes.</span></p>
<p>Seydou, Christiane, Silamâka et Poullôri,Récit épique Peul raconté par Tinguidji, Classiques africains n°13, Armand Collin, Paris, 277p.</p>
<p><em> </em></p>
</div></div></div><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-2 fusion_builder_column_1_4 1_4 fusion-flex-column" style="--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:25%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:7.68%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:7.68%;--awb-width-medium:25%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:7.68%;--awb-spacing-left-medium:7.68%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div ><a class="fusion-button button-flat fusion-button-default-size button-default fusion-button-default button-1 fusion-button-span-yes fusion-button-default-type" target="_self" href="#" data-toggle="modal" data-target=".fusion-modal.ATU"><i class="fa-folder-open fas button-icon-left" aria-hidden="true"></i><span class="fusion-button-text">Classification</span></a></div><div class="fusion-modal modal fade modal-1 ATU" tabindex="-1" role="dialog" aria-labelledby="modal-heading-1" aria-hidden="true" style="--awb-border-color:#e2e2e2;--awb-background:#ffffff;"><div class="modal-dialog modal-sm" role="document"><div class="modal-content fusion-modal-content"><div class="modal-header"><button class="close" type="button" data-dismiss="modal" aria-hidden="true" aria-label="Close">&times;</button><h3 class="modal-title" id="modal-heading-1" data-dismiss="modal" aria-hidden="true">Classifications</h3></div><div class="modal-body fusion-clearfix">
<p style="text-align: center;">ATU 000</p>
</div><div class="modal-footer"><button class="fusion-button button-default button-medium button default medium" type="button" data-dismiss="modal">Close</button></div></div></div></div></div></div><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-3 fusion_builder_column_1_4 1_4 fusion-flex-column" style="--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:25%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:7.68%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:7.68%;--awb-width-medium:25%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:7.68%;--awb-spacing-left-medium:7.68%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div ><a class="fusion-button button-flat fusion-button-default-size button-default fusion-button-default button-2 fusion-button-span-yes fusion-button-default-type" target="_self" href="https://www.euroconte.fr/ancrages-cultures-et-peuples/"><i class="fa-globe-europe fas button-icon-left" aria-hidden="true"></i><span class="fusion-button-text">Carte Monde</span></a></div></div></div></div></div><p>L’article <a href="https://www.euroconte.fr/portfolio-items/silamaka-une-epopee-peule/">Silamaka, une épopée peule</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.euroconte.fr">Euroconte</a>.</p>
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		<title>Chez Circé &#8211; L&#8217;Odyssée Chant X</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christine Donnard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Oct 2022 13:52:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Epopée. Chez Circé - L'Odyssée Chant X  Dans son berceau de brume, aussitôt qu'apparaît l'Aurore aux doigts de rosés, j'appelle tout le monde à l'assemblée et dis : Ulysse. — Amis, de cet endroit, nous ne pouvons rien voir, ni le point du noroît, ni celui de l'aurore : le Soleil des vivants,  [...]</p>
<p>L’article <a href="https://www.euroconte.fr/portfolio-items/ulysse-chez-circe-chant-x-lodyssee-homere/">Chez Circé &#8211; L&rsquo;Odyssée Chant X</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.euroconte.fr">Euroconte</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-2 fusion-flex-container nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling" style="--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-margin-top:0px;--awb-flex-wrap:wrap;" ><div class="fusion-builder-row fusion-row fusion-flex-align-items-flex-start fusion-flex-content-wrap" style="max-width:1456px;margin-left: calc(-4% / 2 );margin-right: calc(-4% / 2 );"><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-4 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-flex-column" style="--awb-padding-top:20px;--awb-padding-right:40px;--awb-padding-bottom:20px;--awb-padding-left:40px;--awb-overflow:hidden;--awb-bg-color:#d0cfbf;--awb-bg-color-hover:#d0cfbf;--awb-bg-size:cover;--awb-border-color:#7f8291;--awb-border-right:1px;--awb-border-bottom:1px;--awb-border-left:1px;--awb-border-style:solid;--awb-border-radius:0px 0px 10px 10px;--awb-width-large:100%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:1.92%;--awb-margin-bottom-large:0px;--awb-spacing-left-large:1.92%;--awb-width-medium:100%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:1.92%;--awb-spacing-left-medium:1.92%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div class="fusion-title title fusion-title-2 fusion-title-text fusion-title-size-three" style="--awb-margin-bottom:30px;--awb-sep-color:#dbdbdb;--awb-font-size:20px;"><div class="title-sep-container title-sep-container-left fusion-no-large-visibility fusion-no-medium-visibility fusion-no-small-visibility"><div class="title-sep sep-single sep-solid" style="border-color:#dbdbdb;"></div></div><span class="awb-title-spacer fusion-no-large-visibility fusion-no-medium-visibility fusion-no-small-visibility"></span><h3 class="fusion-title-heading title-heading-left" style="margin:0;font-size:1em;"><p>Epopée. C<strong>hez Circé &#8211; L&rsquo;</strong><strong>Odyssée </strong><strong>Chant X<br />
</strong></p></h3><span class="awb-title-spacer"></span><div class="title-sep-container title-sep-container-right"><div class="title-sep sep-single sep-solid" style="border-color:#dbdbdb;"></div></div></div><div class="fusion-text fusion-text-3" style="--awb-font-size:18px;--awb-text-transform:none;"><p>Dans son berceau de brume, aussitôt qu&rsquo;apparaît l&rsquo;Aurore aux doigts de rosés, j&rsquo;appelle tout le monde à l&rsquo;assemblée et dis&nbsp;:</p>
<p>Ulysse. — Amis, de cet endroit, nous ne pouvons rien voir, ni le point du noroît, ni celui de l&rsquo;aurore&nbsp;: le Soleil des vivants, où tombe-t-il sous terre&nbsp;? par où nous revient-il&nbsp;?&#8230; Donc, au plus tôt, voyons s&rsquo;il est quelque autre avis&nbsp;; pour moi, voici le bon&nbsp;: grimpé sur le rocher de la guette, j&rsquo;ai vu une île que la mer couronne à l&rsquo;infini&nbsp;; c&rsquo;est une plaine basse&nbsp;; au centre, une fumée m&rsquo;est apparue dans le maquis et la forêt&#8230;</p>
<p>Mais à ces mots, leur cœur se brise&nbsp;: ils se sou­viennent d&rsquo;Antiphatès le Lestrygon et de ses crimes et de la force, aussi, du Cyclope au grand cœur qui dévore les hommes&nbsp;; ils pleurent à grands cris,versent des flots de larmes. Mais on n&rsquo;avait que faire de ces gémissements.</p>
<p>Lorsque j&rsquo;ai fait l&rsquo;appel, je partage en deux camps tous mes hommes guêtrés&nbsp;; chaque bande a son chef&nbsp;: c&rsquo;est moi-même pour l&rsquo;une et, pour l&rsquo;autre, Euryloque au visage de dieu. Nous secouons les sorts dans un bonnet de bronze&nbsp;: il en saute celui d&rsquo;Euryloque au grand cœur, qui se met en chemin avec ses vingt-deux hommes&nbsp;; les partants, les restants, tout le monde pleurait.</p>
<p>Ils trouvent dans un val, en un lieu découvert, la maison de Circé aux murs de pierres lisses et,tout autour, changés en lions et en loups de montagne, les hommes qu&rsquo;en leur donnant sa drogue, avait ensorcelés la perfide déesse. A la vue de mes gens, loin de les assaillir, ces animaux se lèvent et, de leurs longues queues en orbes, les caressent&#8230; Tel le maître, en rentrant du festin, voit venir ses chiens qui le caressent, sachant qu&rsquo;il a toujours pour eux quelque douceur. C&rsquo;est ainsi que lions et loups aux fortes griffes fêtaient mes compagnons, qui tremblaient à la vue de ces monstres terribles. Mais les voici debout, sous le porche de la déesse aux belles boucles. Ils entendent Circé chanter à belle voix et tisser au métier une toile divine, un de ces éclatants et grands et fins ouvrages, dont la grâce trahit la main d&rsquo;une déesse. Le meneur des guerriers, Politès, le premier, prend la parole et dit, — c&rsquo;était, de tous mes gens, celui que son bon sens me faisait préférer — :</p>
<p>Politès. — Mes amis, écoutez ce chant d&rsquo;une voix fraîche&nbsp;! on tisse là-dedans, devant un grand métier&nbsp;: tout le sol retentit&nbsp;: femme ou déesse&nbsp;?&#8230; allons&nbsp;! crions sans plus tarder&nbsp;!</p>
<p>Il dit&nbsp;: tous, de crier aussitôt leur appel. Elle accourt, elle sort, ouvre sa porte reluisante et les invite&nbsp;; et voilà tous mes fous ensemble qui la suivent&nbsp;!&#8230; Flairant le piège, seul, Euryloque est resté&#8230; Elle les fait entrer; elle les fait asseoir aux sièges et fauteuils&nbsp;; puis, leur ayant battu dans son vin de Pramnos du fromage, de la farine et du miel vert, elle ajoute au mélange une drogue funeste, pour leur ôter tout souvenir de la patrie. Elle apporte la coupe&nbsp;: ils boivent d&rsquo;un seul trait. De sa baguette, alors, la déesse les frappe et va les enfermer sous les tects de ses porcs. Ils en avaient la tête et la voix et les soies&nbsp;; ils en avaient l&rsquo;allure&nbsp;; mais, en eux, persistait leur esprit d&rsquo;autrefois. Les voilà enfermés. Ils pleuraient et Circé leur jetait à manger faînes, glands et cornouilles, la pâture ordinaire aux cochons qui se vautrent.</p>
<p>Or, vers le noir croiseur, Euryloque rentré voulait nous raconter le triste sort des autres.</p>
<p>Mais il ne pouvait plus, quel qu&rsquo;en fût son désir, proférer un seul mot&nbsp;: son âme était navrée d&rsquo;un trop rude chagrin&nbsp;; ses yeux se remplissaient de larmes, et son cœur débordait de sanglots. Étonnés, nous tâchions de savoir, mais en vain&#8230;</p>
<p>Il nous raconte enfin la perte de ses gens&nbsp;:</p>
<p>Euryloque. — Nous allions, noble Ulysse, où tu nous avais dit. Au delà du maquis, nous trouvons en un val une belle bâtisse et, dans le bruit d&rsquo;un grand métier, nous entendons la fraîche voix d&rsquo;une déesse ou d&rsquo;une femme. Nos gens crient leur appel&nbsp;: elle accourt, elle sort, ouvre sa porte reluisante et nous invite, et voilà tous mes fous ensemble qui la suivent&nbsp;! Moi seul, j&rsquo;étais resté&nbsp;; j&rsquo;avais flairé le piège&#8230; Leur troupe a disparu&nbsp;; pas un n&rsquo;est ressorti&nbsp;; pourtant, je suis resté longtemps à les guetter.</p>
<p>Il disait&nbsp;: sur mon dos, je jette mon grand glaive en bronze à clous d&rsquo;argent et, par-dessus, mon arc, puis j&rsquo;invite Euryloque à me montrer la route. Mais il prend à deux mains mes genoux, me supplie&nbsp;:</p>
<p>Euryloque. — Ne me remmène pas, ô nour­risson de Zeus&nbsp;!&#8230; Je ne veux pas aller&nbsp;! Je veux rester ici&nbsp;!&#8230; Je sais que, toi non plus, tu ne reviendras pas&nbsp;: tu ne nous rendras pas un seul de tous les autres&nbsp;! Ah&nbsp;! fuyons au plus vite avec ceux que voilà; nous pourrions éviter encor le jour fatal.</p>
<p>A ces mots d&rsquo;Euryloque, aussitôt je réponds&nbsp;:</p>
<p>Ulysse. — Euryloque, tu peux ne pas bouger d&rsquo;ici. Au flanc du noir vaisseau, reste à manger et boire. Moi, je pars&nbsp;: le devoir impérieux est là.</p>
<p>Et je quitte, à ces mots, le navire et la mer.</p>
<p>Je venais de passer par le vallon sacré et j&rsquo;allais arriver à la grande demeure de Circé la drogueuse, quand, près de la maison, j&rsquo;ai devant moi Hermès à la baguette d&rsquo;or. Il avait pris les traits d&rsquo;un de ces jeunes gens dont la grâce fleurit en la première barbe.</p>
<p>Il me saisit la main, me dit et me déclare&nbsp;:</p>
<p>Hermès. — Où vas-tu, malheureux, au long de ces coteaux&nbsp;?&#8230; tout seul, et dans ces lieux que tu ne connais pas&nbsp;?&#8230;. chez Circé, où tes gens transformés en pourceaux sont maintenant captifs au fond des soues bien closes&nbsp;?&#8230; Tu viens les délivrer&nbsp;?&#8230; Tu n&rsquo;en reviendras pas, crois-moi&nbsp;: tu resteras à partager leur sort&#8230; Mais je veux te tirer du péril, te sauver. Tiens&nbsp;! c&rsquo;est l&rsquo;herbe de vie&nbsp;! avec elle, tu peux entrer en ce manoir, car sa vertu t&rsquo;évitera le mauvais jour. Et je vais t&rsquo;expliquer les desseins de Circé et tous ses maléfices. Ayant fait son mélange, elle aura beau jeter sa drogue dans ta coupe&nbsp;: le charme en tombera devant l&rsquo;herbe de vie que je vais te donner. Mais suis bien mes conseils&nbsp;: aussitôt que, du bout de sa longue baguette, Circé t&rsquo;aura frappé, toi, du long de ta cuisse, tire ton glaive à pointe et, lui sautant dessus, fais mine de l&rsquo;occire&nbsp;!&#8230; Tremblante, elle voudra te mener à son lit&nbsp;; ce n&rsquo;est pas le moment de refuser sa couche&nbsp;! songe qu&rsquo;elle est déesse, que, seule, elle a pouvoir de délivrer tesgens et de te reconduire&nbsp;! Mais fais-la te prêter le grand serment des dieux qu&rsquo;elle n&rsquo;a contre toi aucun autre dessein pour ton mal et ta perte. Ayant ainsi parlé, le dieu aux rayons clairs tirait du sol une herbe, qu&rsquo;il m&rsquo;apprit à connaî­tre, avant de la donner&nbsp;: la racine en est noire, et la fleur, blanc de lait&nbsp;; «&nbsp;molu&nbsp;» disent les dieux&nbsp;; ce n&rsquo;est pas sans effort que les mortels l&rsquo;arrachent&nbsp;; mais les dieux peuvent tout. Puis Hermès, regagnant les sommets de l&rsquo;Olympe, disparut dans les bois. Au manoir de Circé, j&rsquo;entrais&nbsp;: que de pensées bouillonnaient dans mon cœur&nbsp;!</p>
<p>Sous le porche de la déesse aux belles boucles, je m&rsquo;arrête et je crie&nbsp;; la déesse m&rsquo;entend. Elle accourt à ma voix. Elle sort et, m&rsquo;ouvrant sa porte reluisante, elle m&rsquo;invite, et moi, je la suis en dépit du chagrin de mon cœur. Elle m&rsquo;installe en un fauteuil aux clous d&rsquo;argent et, dans la coupe d&rsquo;or dont je vais me servir, elle fait son mélange&nbsp;: elle y verse la drogue, ah&nbsp;! l&rsquo;âme de traîtresse&nbsp;!&#8230; Elle me tend la coupe&nbsp;: d&rsquo;un seul trait, je bois tout&#8230;</p>
<p>Le charme est sans effet, même après que, m&rsquo;ayant frappé de sa baguette, elle dit et déclare&nbsp;:</p>
<p>Circé. — Maintenant, viens aux tects coucher près de tes gens&nbsp;!</p>
<p>Elle disait&nbsp;; mais moi, j&rsquo;ai, du long de ma cuisse, tiré mon glaive à pointe&nbsp;; je lui saute dessus, fais mine de l’occire. Elle pousse un grand cri, s&rsquo;effondre à mes genoux, les prend, me prie, me dit ces paroles ailées&nbsp;:</p>
<p>Circé. — Quel est ton nom, ton peuple, et ta ville et ta race&nbsp;?&#8230; Quel grand miracle&nbsp;! quoi&nbsp;! sans être ensorcelé, tu m&rsquo;as bu cette drogue!&#8230; Jamais, au grand jamais, je n&rsquo;avais vu mortel résister à ce charme, dès qu&rsquo;il en avait bu, dès que cette liqueur avait franchi ses dents&nbsp;: il faut qu&rsquo;habité en toi un esprit invincible. C&rsquo;est donc toi qui serais l&rsquo;Ulysse aux mille tours&nbsp;?&#8230; Le dieu aux rayons clairs, à la baguette d&rsquo;or, m&rsquo;avait toujours prédit qu&rsquo;avec son noir croiseur, il viendrait, cet Ulysse, à son retour de Troie&#8230; Mais allons&nbsp;! c&rsquo;est assez&nbsp;: rentre au fourreau ton glaive et montons sur mon lit&nbsp;; qu&rsquo;unis sur celte couché et devenus amants, nous puissions désormais nous fier l&rsquo;un à l&rsquo;autre&nbsp;!</p>
<p>A ces mots de Circé, aussitôt je réponds&nbsp;:</p>
<p>Ulysse. — Circé, comment peux-tu invoquer ma douceur&nbsp;? toi qui, dans ce manoir, fis de mes gens des porcs et qui, m&rsquo;ayant ici, ne veux que me trahir&nbsp;! Quand tu me viens offrir et ta chambre et ton lit, c&rsquo;est pour m&rsquo;avoir sans armes&nbsp;!&#8230; c&rsquo;est pour m&rsquo;ôter ma force et ma virilité&nbsp;!&#8230; Non&nbsp;! je n&rsquo;accepterais de monter sur ta couche que si tu consentais, déesse, à me jurer le grand serment des dieux que tu n&rsquo;as contre moi aucun autre dessein pour mon mal et ma perte.</p>
<p>Je disais et, suivant mon ordre, elle jura. Quand elle eut prononcé et scellé le serment, je montai sur le lit somptueux de Circé. Ses femmes cependant arrangeaient le manoir. L&rsquo;une, sur les fauteuils, ayant mis des linons, étalait par­dessus les plus beaux draps de pourpre. Une autre en approchait les tables en argent et, sur elles, plaçait les corbeilles en or. Au cratère d&rsquo;argent, la troisième versait d&rsquo;un vin au goût de miel, en faisait le mélange, puis, devant chaque place, mettait les coupes d&rsquo;or. La dernière apporta l&rsquo;eau dans le grand trépied et ranima le feu. L&rsquo;eau chauffa, puis chanta dans le bronze luisant. J&rsquo;entrai dans la baignoire; après avoir tiédi l&rsquo;eau de son grand trépied, elle m&rsquo;en inonda la tête et les épaules, pour chasser de mes membres l&rsquo;épuisante fatigue.</p>
<p>Quand elle m&rsquo;eut baigné et frotté d&rsquo;huile fine etrevêtu d&rsquo;un beau manteau et d&rsquo;une robe, elle me ramena, me fit asseoir en un fauteuil aux clousd&rsquo;argent, un beau meuble ouvragé avec un mar­chepied, et me dit de manger&nbsp;; mais mon cœur résistait: j&rsquo;avais l&rsquo;esprit ailleurs et voyais tout en mal. Circé me regardait rester là, sur mon siège, sans toucher à son pain, en proie à la douleur. La voici qui, de moi, s&rsquo;approche en me disant ces paroles ailées&nbsp;:</p>
<p>Circé. — Ulysse, qu&rsquo;as-tu donc à rester sur tonsiège, pareil à un muet&nbsp;? Tu te ronges le cœur, sans plus vouloir toucher au manger ni au boire&nbsp;: vois-tu quelque autre piège&nbsp;?&#8230; Tu n&rsquo;as plus rien à craindre&nbsp;: ne t&rsquo;ai-je pas juré le plus fort des serments&nbsp;?</p>
<p>A ces mots de Circé, aussitôt je réponds&nbsp;:</p>
<p>Ulysse. — Oh&nbsp;! Circé, est-il homme, ayant quelque raison, qui pourrait s&rsquo;en donner de manger et de boire, sans avoir vu d&rsquo;abord ses amis délivrés&nbsp;? Ah&nbsp;! si c&rsquo;est de bon cœur que tu me viens offrir ces mets, cette boisson, délivre-moi mes braves et les montre à nos yeux&nbsp;!</p>
<p>Je disais, et Circé, sa baguette à la main, traverse la grand&rsquo;salle et va ouvrir les tects. Elle en tire mes gens&nbsp;: sous leur graisse, on eût dit des porcs de neuf printemps&#8230; Ils se dressent debout, lui présentent la face&nbsp;; elle passe en leurs rangs et les frotte, chacun, d&rsquo;une drogue, nouvelle&nbsp;: je vois se détacher, de leurs membres, les soies qui les avaient couverts, sitôt pris le poison de l&rsquo;auguste déesse. De nouveau, les voilà redevenus des hommes, mais plus jeunes, plus beaux et de plus grande mine. Quand ils m&rsquo;ont reconnu, chacun me prend la main, et le même besoin de sanglots les saisit&nbsp;: le logis se remplit d&rsquo;un terrible tapage&nbsp;! La déesse, elle aussi, est prise de pitié. Elle vient et me dit, cette toute divine&nbsp;:</p>
<p>Circé. — Fils de Laërte, écoute&nbsp;! ô rejeton des dieux, Ulysse aux mille ruses&nbsp;! retourne maintenant au croiseur, à la plage&nbsp;; commencez par tirer à sec votre vaisseau&nbsp;; cachez tous vos agrès et vos biens dans les grottes&nbsp;; puis tu me reviendras et me ramèneras tout ton brave équipage.</p>
<p>Elle dit et mon cœur s&#8217;empresse d&rsquo;obéir. Je reprends le chemin du croiseur, de la plage. Je retrouve au vaisseau mes braves compagnons. Quels sanglots&nbsp;! et quels cris&nbsp;! et quels torrents de larmes&nbsp;! C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en un parc, on voit bondir les veaux vers le troupeau des mères, qui, la panse garnie, reviennent aux litières&nbsp;: ils accourent en troupe&nbsp;; ils leur tendent le mufle, et ce n&rsquo;est plus l&rsquo;enclos qui peut les retenir&nbsp;; leur meuglante cohue se presse autour des mères&#8230; Tels mes gens, quand leurs yeux m&rsquo;aperçoivent, m&rsquo;entourent&nbsp;: ils éclatent en pleurs&nbsp;; ils ont le même émoi que s&rsquo;ils fussent rentrés sur la roche d&rsquo;Ithaque, au pays des aïeux, en notre ville même, leur berceau, leur foyer.</p>
<p>A travers leurs sanglots, j&rsquo;entends ces mots ailés&nbsp;:</p>
<p>Le choeur. — A te voir revenir, ô nourris­son de Zeus&nbsp;! nous avons même joie que si nous arrivions en la patrie d&rsquo;Ithaque. Mais voyons&nbsp;! conte-nous comment sont morts les autres&nbsp;!</p>
<p>Ils disaient. Je reprends de mon ton le plus doux&nbsp;:</p>
<p>Ulysse. — Commençons par tirer à sec notre vaisseau&nbsp;; déposons nos agrès et nos biens dans les grottes&nbsp;; puis, tous, apprêtez-vous à venir chez Circé&nbsp;; dans son temple, venez revoir nos compagnons, qui, mangeant et buvant, ont de tout sans compter.</p>
<p>Je disais&nbsp;; mon discours aussitôt les décide. Seul, Euryloque essaie de me les détourner&nbsp;:</p>
<p>Euryloque. — Où voulez-vous aller malheureux&nbsp;? quelle envie de connaître ces maux, d&rsquo;entrer en ce manoir, où Circé, de nous tous, va faire des pourceaux, des loups ou des lions, pour lui garder, bon gré mal gré, son grand logis&nbsp;? Avez-vous oublié le Cyclope et î&rsquo;étable où s&rsquo;en furent nos gens, lorsque ce même Ulysse, en brave, les suivait&nbsp;; n&rsquo;est-ce pas sa folie déjà qui les perdit&nbsp;?</p>
<p>Il disait. En mon cœur, j&rsquo;hésitai&nbsp;: j&rsquo;avais là, sur le gras de ma cuisse, mon glaive à longue pointe&nbsp;; allais-je le tirer et, d&rsquo;un coup, envoyer sa tête sur le sol, quoiqu&rsquo;il fût mon parent, et même des plus proches&nbsp;?&#8230; Mais tous nos compagnons, de leurs mots les plus doux, à l&rsquo;envi me retinrent&nbsp;:</p>
<p>Le Choeur. — 0 rejeton des dieux, laissons-le&nbsp;!&#8230; si tu veux&nbsp;: il va rester à bord et garder le vaisseau, sans bouger de la grève&nbsp;; nous autres, conduis-nous au temple de Circé.</p>
<p>A ces mots, nous quittons le navire et la mer. Mais, au flanc du vaisseau ne voulant pas rester, Euryloque nous suit&nbsp;: mon éclat de fureur l&rsquo;avait empli de crainte.</p>
<p>Circé, dans son logis, traitait mes autres gens et, les ayant baignés et frottés d&rsquo;huile fine, les vêtait de la robe et du manteau de laine.</p>
<p>Nous les trouvons tous au festin, dans la grand&rsquo; salle&nbsp;: on se cherche des yeux&nbsp;; on se revoit&nbsp;; on pleure&nbsp;; on gémit&nbsp;; le manoir retentit de sanglots.</p>
<p>Elle vient et nous dit, cette toute divine&nbsp;:</p>
<p>Circé. — Allons, ne poussez plus tant de gémissements!&#8230; Oh! je sais tous les maux que vous avez soufferts sur la mer aux poissons ou, par la cruauté des hommes, sur la côte&nbsp;! Mais prenez de ces mets et buvez de ce vin, afin de retrouver en vous le même cœur qui, jadis, vous a fait quitter le sol natal, votre rocher d&rsquo;Ithaque&#8230; Vous voilà sans élan et l&rsquo;âme anéantie, vous rappelant sans fin vos tristesaventures, ne goûtant plus la joie, à force de souffrir&nbsp;!</p>
<p>Elle dit, et nos cœurs s&#8217;empressent d&rsquo;obéir.</p>
</div></div></div><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-5 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-flex-column" style="--awb-padding-left:30px;--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:100%;--awb-margin-top-large:50px;--awb-spacing-right-large:1.92%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:1.92%;--awb-width-medium:100%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:1.92%;--awb-spacing-left-medium:1.92%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div class="fusion-text fusion-text-4" style="--awb-font-size:14px;--awb-text-transform:none;"><p>Source&nbsp;: L&rsquo;Odyssée, Chant X, Poésie homérique d&rsquo;après Homère, traduction de Victor Bérard, 1ère édition, Edition Les Belles Lettres, Paris 1924</p>
</div></div></div><div class="fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-6 fusion_builder_column_1_4 1_4 fusion-flex-column" style="--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:25%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:7.68%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:7.68%;--awb-width-medium:25%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:7.68%;--awb-spacing-left-medium:7.68%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;"><div class="fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column"><div ><a class="fusion-button button-flat fusion-button-default-size button-default fusion-button-default button-3 fusion-button-span-yes fusion-button-default-type" target="_self" href="#" data-toggle="modal" data-target=".fusion-modal.ATU"><i class="fa-folder-open fas button-icon-left" aria-hidden="true"></i><span class="fusion-button-text">Classification</span></a></div><div class="fusion-modal modal fade modal-2 ATU" tabindex="-1" role="dialog" aria-labelledby="modal-heading-2" aria-hidden="true" style="--awb-border-color:#e2e2e2;--awb-background:#ffffff;"><div class="modal-dialog modal-sm" role="document"><div class="modal-content fusion-modal-content"><div class="modal-header"><button class="close" type="button" data-dismiss="modal" aria-hidden="true" aria-label="Close">&times;</button><h3 class="modal-title" id="modal-heading-2" data-dismiss="modal" aria-hidden="true">Classifications</h3></div><div class="modal-body fusion-clearfix">
<p style="text-align: center;">ATU 000</p>
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